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Tribune d'expression des groupes politiques de la Région Nouvelle-Aquitaine

Aide alimentaire aux jeunes précaires : « Un dispositif nécessaire mais perfectible »

Lors de la séance plénière du Conseil régional, les élus régionaux ont débattu d’un dispositif d’aide alimentaire à destination des jeunes en situation de précarité. Un projet soutenu par notre groupe, qui identifie néanmoins quelques lacunes.

En effet, Christelle Lapouge a relevé que seuls 0,2% des jeunes bénéficiaient aujourd’hui de ce soutien, trop peu pour couvrir tous les besoins des jeunes précaires. L’élue girondine a ainsi appelé à corriger les failles s’agissant de l’identification des bénéficiaires potentielles et des disparités territoriales constatées.


Retrouvez l’intégralité de l’intervention de Christelle Lapouge en séance (seul le prononcé fait foi) :

Monsieur le Président,
Mes chers collègues,

J’interviens au nom de l’intergroupe centriste sur cette délibération qui nous présente à la fois une synthèse du bilan de ces mesures de synthèse pour l’aide alimentaire des jeunes précaires, mais aussi de nouvelles aides régionales à l’ingénierie et à l’investissement pour les structures jeunesse qui sont au cœur de la distribution de ces aides alimentaires. Bien évidemment, nous soutenons l’initiative qui semble être intéressante, mais sur la partie bilan du dispositif, nous sommes plus interrogatifs que vous semblez l’être.

Je reviens sur les interrogations que j’ai exprimées en commission, car je n’ai pas obtenu toutes les réponses à mes questions. Celles-ci portaient sur le public cible du dispositif : après de rapides calculs, d’après les chiffres que vous nous avez fournis, nous avons constaté que seulement 0,2 % des jeunes Néo-Aquitains auraient été touchés par ce dispositif. Il m’a été répondu qu’il s’agissait d’un fléchage très précis du dispositif vers les jeunes précaires invisibles et que cela expliquait pourquoi la cible était toujours si resserrée.

Ceci ouvre donc d’autres interrogations. D’abord, quels sont les critères de détermination des invisibles ? Ensuite, s’il est absolument essentiel d’aller chercher ces invisibles, est-ce à dire que les précaires visibles devraient être moins ciblés ? L’important n’est-il pas d’aller chercher les jeunes précaires et tous les jeunes précaires ?

Enfin, quelles sont les méthodes qui ont été mises en œuvre pour aller chercher ces invisibles qui, par définition, sont hors des radars ?

En commission, Madame LANZI nous a indiqué qu’un travail de fourmi avait été mené pour y parvenir. Je n’en doute pas une seule seconde, néanmoins les chiffres sont là : 0,2 % de la population potentielle touchée par le dispositif est-il suffisant pour s’en satisfaire ? Je pense en particulier aux jeunes en zones rurales. Vous dites vous appuyer sur les têtes de réseaux pour identifier vos cibles. En agglomération et de manière générale, en zone urbaine, la stratégie se tient bien sûr ; mais quid des zones rurales ?

Si j’insiste sur la ruralité, c’est parce qu’une étude de l’Insee parue en janvier 2019 fait le constat que les EPCI ruraux sont les plus touchés par la pauvreté. Dans notre région, la Creuse est particulièrement concernée, mais aussi le sud de la Charente, le Lot-et-Garonne, le Périgord et bien d’autres encore. Sur un tel sujet, il est de notre responsabilité de porter l’effort sur ces territoires en particulier.

Ma deuxième interrogation porte sur le processus pour récupérer ses paniers repas. En consultant la page qui est consacrée sur le site de la Région, sur lequel des modifications substantielles ont étonnamment été effectuées depuis la semaine dernière, on constate qu’il est très disparate en fonction des départements : tantôt un formulaire Google à remplir en ligne, tantôt une adresse mail à laquelle écrire ou un numéro à appeler. Parfois, il n’est même plus possible de remplir le formulaire, comme dans les Landes ou en Corrèze. Plus problématique encore : certains jeunes n’ont même pas de porte d’entrée. Dans les Pyrénées-Atlantiques, par exemple, un seul, le Béarn, est identifié.

Bref, Madame la Présidente, je le redis : nous soutenons cette politique régionale et c’est parce que nous la soutenons que nous souhaitons qu’elle soit la plus efficiente possible. Alors j’ai une suggestion à vous faire : pourquoi ne pas soumettre ce dispositif à l’évaluation de la SEPP ? Non seulement ce serait enfin l’occasion de la réunir, mais surtout cela permettrait d’identifier les axes potentiels d’amélioration. Spontanément, j’ai déjà 3 propositions qui me viennent :

– La première serait un maillage plus fin du territoire avec un point-relais identifié dans tous les territoires où le taux de pauvreté est supérieur à la moyenne régionale.

  • En deuxième proposition, il y aurait une meilleure utilisation du canal des lycées, compétence de la Région. On peut identifier grâce à cela les jeunes de 15 à 18 ans en situation difficile plus rapidement.
  • Une troisième proposition serait un processus uniformisé, simplifié, et qui puisse aussi limiter les délais de traitement pour les demandes.Comparaison n’est pas raison, me direz-vous. Mais en région Occitanie – encore une fois avec Carole DELGA – où un dispositif similaire a été lancé, on recense 500 points de collecte, un formulaire unique et 3,4 millions d’euros de budget quand en Nouvelle-Aquitaine, nous y mettons moins de la moitié.

    Tout ceci pour dire que les intentions sont bonnes, mais que nous pouvons faire mieux. Nous voterons bien sûr cette délibération, nous soutiendrons le dispositif, mais nous vous demandons d’être très attentifs au maillage territorial tout comme à l’élargissement du public visé.

    Je vous remercie.